Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /Mai /2009 13:00

La laïcité à l’école reste un combat

par François COCQ, secrétaire national du PG (Parti de gauche) à l’éducation, et Francis DASPE, secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale – Prométhée).

L’article 89 de la loi relative aux libertés et responsabilités locales, votée le 13 août 2004, obligeait les communes à financer les frais de fonctionnement des élèves inscrits dans une école primaire privée sous contrat d’association, même si celle-ci était située hors du territoire de la commune de résidence. Précisons que le financement hors commune d’un élève fréquentant une école primaire publique ne s’applique pas automatiquement : il est facultatif et conditionné à l’accord préalable du maire ! Face à l’émoi suscité par une telle mesure, tant chez les partisans de la laïcité que dans les rangs d’élus locaux attachés à leur école de proximité, le Sénat lui a substitué, le 10 décembre 2008, une nouvelle disposition. La proposition de loi du sénateur Jean-Claude Carle pose, certes, des conditions aux avantages concédés à l’enseignement privé, mais celles-ci sont tellement vagues qu’au final, l’article 89 continuera à produire ses effets.

Actuellement étudiée par l’Assemblée nationale, l’adoption de cette proposition de loi aurait des conséquences désastreuses. Ce serait ainsi ouvrir la porte à l’instauration d’un « lien de guichet » fondé sur un financement individuel de nature consumériste entre les communes et les familles, dans la logique du « chèque éducation » préconisé par les libéraux. Les menaces sur le maintien de nombreuses écoles publiques de proximité, notamment pour les classes uniques des zones rurales, seraient puissamment aggravées par les effets de la politique gouvernementale s’ingéniant à mettre en concurrence les établissements en généralisant les principes conduisant à leur autonomie (ÉPEP) ou en contournant, avant de la supprimer, la carte scolaire. Il est également à prévoir un accroissement significatif des inégalités sociales et territoriales : d’une part, un alourdissement des dépenses pour les communes qui ne pourront y pourvoir qu’en augmentant les impôts locaux - les plus injustes, vu qu’ils ne prennent pas en compte les revenus -, d’autre part, l’obligation de fait, pour les communes les moins fortunées (c’est-à-dire les communes rurales isolées ou celles de banlieues défavorisées), de financer une partie des frais de fonctionnement des communes les plus nanties, qui accueilleront ces élèves au motif d’une image de marque meilleure. Autrement dit, pour reprendre la formule pertinente heureusement popularisée par les opposants, dont le collectif pour la promotion et la défense de l’école publique de proximité : « Nanterre paiera pour Neuilly ! »

Le débat ne se résume pas à une simple question technique de financement. L’angle d’attaque retenu est en réalité double.

À la reconfessionnalisation de la société, annoncée par Sarkozy dans son discours de Latran théorisant la prétendue « supériorité du prêtre sur l’instituteur dans la transmission des valeurs » et l’affirmation de son concept de « laïcité positive », s’ajoute l’aspiration des libéraux à ouvrir les portes du vaste marché de l’éducation, estimé à 1 400 milliards d’euros annuels. Ainsi, si 95 % de l’enseignement privé est à caractère confessionnel, les marchands visent eux aussi à ouvrir de nouvelles écoles en bénéficiant d’un double financement, public et privé. La même alliance du marché et du goupillon s’est traduite, dans l’enseignement supérieur, par la reconnaissance des diplômes de l’enseignement supérieur catholique, à égalité avec ceux décernés par l’enseignement supérieur public. Par transitivité, et conformément aux recommandations contenues dans le processus de Bologne ou la stratégie de Lisbonne, c’est permettre demain la reconnaissance de l’ensemble des diplômes du privé au nom de « la concurrence libre et non faussée », ce qui entraînera la mise en concurrence des universités entre elles. Le traité de Lisbonne est aussi un tableau à double entrée, lui qui refuse toute harmonisation en matière d’éducation (article 176 B du TFUE) mais ouvre en même temps l’espace public aux Églises (article 10 de la charte des droits fondamentaux).

Il est donc nécessaire d’inverser les données du débat relatif aux relations du public et du privé dans le domaine de l’école. Les « contraintes » imposées à l’école publique sont son honneur et font de ses missions une spécificité, dont le privé ne pourra jamais se réclamer. Parce que l’école publique est elle seule porteuse de l’intérêt général, il est malhonnête de parler d’une parité entre public et privé. La seule réponse adaptée serait la mise en place d’un grand service public laïque et unifié de l’éducation nationale, seul à même de garantir justice sociale et cohésion territoriale au sein de notre République. L’abrogation pure et simple de l’article 89 serait déjà un premier pas de rééquilibrage républicain.

 

Par Parti de Gauche 26
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Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /Mai /2009 12:57

 

A y regarder un peu, la formation professionnelle et la qualification qui en découle est un élément central de la promotion sociale, de la lutte contre les discriminations et l'exclusion. La validation de compétences professionnelles qui permettent d'exercer un métier, est un élément d'une importance capitale. Cela permet à toutes les personnes exerçant un même métier d'être reconnues et donc rémunérées au même niveau quelque soit leur condition sociale ou les lieux où elles exercent.

Cela donne des arguments aux instances représentatives pour négocier les salaires avec les branches professionnelles.

C'est aussi et surtout, la pierre angulaire vers une harmonisation européenne des titres professionnels et la rémunération qui va avec (le plombier polonais qui a les mêmes compétences que le plombier espagnol doit avoir le même salaire et la même technicité que le plombier français).

 

Je n'aborderai pas l'aspect des financements de la formation professionnelle, c'est un domaine très complexe surtout depuis que le gouvernement actuel a décidé unilatéralement de placer la formation professionnelle dans le champ des services marchands. Ce choix libéral n'est pas simplement stupide il est aussi de permettre à des entreprises privées de « taper » dans les 28 milliard d'euros que représente ce désormais « Marché ».

Si rien n'est fait, la formation va devenir un produit commercial ordinaire.

 

Alors, comment cela s'organise, qu'est ce que c'est la formation professionnelle ?

 

C'est d'abord un outil politique.

Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) placée sous l’autorité du ministre de l’Économie, des Finances et de l’Emploi et mise à la disposition notamment du ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, la DGEFP est chargée de proposer les orientations de la politique pour l’emploi et la formation professionnelle continue. Elle en construit le cadre juridique en concertation avec les départements ministériels et les partenaires sociaux, elle conduit et coordonne la mise en œuvre des dispositifs et en évalue les résultats.

Le ministère du travail propose actuellement 285 titres professionnels (d'autres ministères comme l'agriculture et l'éducation nationale par les GRETA proposent aussi des titres professionnels).

Les titres correspondent à l'exercice d'un métier et sont classés par niveau :

Niveau V : BEP – CAP (ouvrier / employé)

Niveau IV : BAC (technicien)

Niveau III : BAC+2 (technicien supérieur)

Niveau II : BAC + 3 / + 4 (ingénieur)

 

Une compétence correspond à une activité professionnelle.

CCP : Certificats de Compétences Professionnelles, CCS: Certificats Complémentaires de Spécialisation

Les titres sont proposés aux CPC (Commissions Professionnelles Consultatives) qui en valident l'existence, le contenu et s'assurent de leurs évolutions. Voir en annexe la liste des CPC de l'éducation nationale et leur constitution. Ils sont révisés en principe tous les 3 à 5 ans pour adapter leurs contenus aux évolutions professionnelles.

Un titre est constitué généralement de 3 CCP + une épreuve finale d'évaluation validée par un jury de professionnels (liste de jury dans régions) Un titre peut s'obtenir :

-         soit par une formation complète dont l'épreuve finale validée les 3 CCP + jury,

-         soit par un mix de CCP acquis en VAE + CCP acquis en formation + jury,

-         soit entièrement en VAE + épreuve finale d'évaluation + jury.

VAE : Validation d'Acquis par l'Expérience (présentation d'un dossier professionnel à un jury qui peut valider un ou plusieurs CCP à partir d'expériences professionnelles).

C'est ensuite un outil au service de l'intérêt général.

« La formation tout au long de la vie », « l'école de la deuxième chance » sont de belles formules qui masquent mal la complexité et la difficulté pour l'apprenant adulte de choisir et d'obtenir une formation qualifiante.

Les parcours de formation sont construits avec l'apprenant par des professionnels de l'orientation et s'inscrivent autour de 3 exigences :

Une centration sur l'individu qui décide lui même de ses orientations professionnelles en fonction de ses potentiels et de ses désirs.

Une réponse aux besoins des bassins d'emploi locaux (politiques régionales).

Une réponse aux orientations politique nationales de développement des branches professionnelles.

Ca fait tout de même une bonne palette d'outils pour agir politiquement afin de mettre la formation professionnelle au centre de l'intérêt général.

 

Une formation centrée sur l'individu :

Ne pas laisser la formation professionnelle devenir un simple outil « Ressources Humaines » pour satisfaire les besoins des actionnaires des entreprises et de leurs complices du MEDEF. C'est à dire former juste le minimum pour boucher ponctuellement des besoins de productions. Il faut au contraire accompagner l'individu dans ses choix professionnels et lui donner la possibilité de travailler dans un domaine où il se sente utile et en accord avec ses convictions. Il est aisé de comprendre qu'une personne n'a pas envie d'être contremaître dans une usine Dassaut de fabrication de mines antipersonnel, même si elle en a les compétences et qu'on lui propose un bon salaire.

 

Les bassins d'emploi locaux :

Les  adultes sont en réalité beaucoup moins « mobile  géographiquement »  que l'on veut bien nous le faire croire. La famille, le tissu social et la culture locale sont souvent des éléments de bien être fondamentaux. C'est très souvent la contrainte économique qui pousse des salariés et des familles à se déplacer.

Les représentants politiques (élus locaux) ont leur part de responsabilité dans le développement ou non de certains secteurs d'activités. Il est sûrement judicieux de développer, en Bretagne, des compétences en aquaculture car il y a déjà pas mal de pêcheurs (dont certain pourront se reconvertir en utilisant une partie de leurs connaissances pour faire face à la destruction de la faune marine), il y a un réseau de distribution et de traitement des produits de la mer, et puis, il y a plus d'eau salé en Bretagne qu'en Limousin !

Les élus locaux peuvent prendre des décisions de développement de compétences qui soient d'abord utile à la collectivité avant de permettre à quelques uns de faire des bénéfices individuels sur le dos des entreprises.

 

Les orientations de politique nationale de l'emploi :

La formation et la qualification professionnelle n'est pas là pour faire baisser les statistiques du chômage pendant les périodes électorales. Elle doit être la résultante de choix politique à moyen et long terme. En 10 ans il y a environ la moitié des métiers qui disparaissent pour laisser place à de nouvelles activités professionnelles.
Il faut anticiper, qu'est ce qui dans dix ans sera utile à la collectivité en terme de compétences professionnelles ? Quel secteur veut-on développer ?

Il est peut être judicieux de former dès maintenant des techniciens à la pose de panneaux solaires. Ou former des spécialistes de la rénovation du bâti ancien (validé par un CCS en plus d'un titre) pour satisfaire aux nouvelles normes en termes d'isolation thermique ou phonique. Imaginons par exemple que des techniciens bâtiment experts en isolation phonique commencent à créer de petites entreprises ou à intégrer des équipes dans les entreprises de bâtiment. Leurs compétences nouvelles permettraient de proposer de nouvelles prestations aux clients (certains, dont je fais parti, donneraient cher pour ne plus souffrir des bruits insupportables du voisin du dessus )

Les fabricants de matériaux seraient bien obligés de tenir compte de cette nouvelle demande surtout si, dans le même temps, l'état impose de nouveaux critères écologiques pour la fabrication et l'efficacité des matériaux (Cahier du CSTB par exemple). Les vendeurs immobiliers changeront leurs barèmes de prix. Les assureurs peuvent aussi créer de nouvelles normes qui favorisent l'extension de ces nouvelles technologies (ils l'ont déjà fait pour les termites), …. etc... etc....

Donc on peut aisément comprendre que tout est lié ; l'emploi, la formation, les normes de fabrication, l'écologie, l'activité économique, les choix politiques, le bien être des individus et l'intérêt général.

Permettre à des adultes d'acquérir un métier, d'évoluer ou de changer de métier au cours de son existence en respectant ses choix de vie et ses possibilités, n'est pas du tout incompatible avec l'intérêt général de tous sur du long terme.

 

Revenons à la validation des titres et compétence professionnels. Pourquoi un « titre », rappelons qu'un titre correspond à un métier, plutôt qu'une « compétence »   qui correspond à une activité professionnelle (un titre = environ 3 compétence, CCP).

Si nous restons au niveau de la compétence nous ne formons que des ouvriers spécialisés qui auront des difficultés à situer leurs tâches professionnelles par rapport à l'ensemble de la production.

En termes d'employabilité, ils seront surtout employés à des tâches répétitives et seront vulnérables aux contrats de travail précaires (CDD, intérim, …). Rappelons que le MEDEF défend cette approche sous prétexte que cela permet de satisfaire rapidement les besoins de production des entreprises à des coûts optimisés. L'UIMM, célèbre organisation professionnelle de l'industrie spécialiste du détournement de fond, défend le CQP (Certificat de Qualification Professionnel) qui n'est même pas sur une compétence mais simplement sur une Qualification à réaliser une tâche, vision moderne d'un Taylorisme dépourvu de toute humanité. Il ne reste plus qu'a créer un « Pôle Emploi » qui distribue les offres d'emploi en même temps qu'elle rémunère (ou pas) les chômeurs pour obliger ces derniers à accepter n'importe quelle offre, on réinvente ainsi un genre d'esclavage moderne.

Le titre et donc le métier qui s'y rattache, permet d'appréhender le produit dans sa globalité, de relier les différentes activités nécessaires à la réalisation d'un projet. Il est plus valorisant pour un maçon de réaliser l'ensemble du gros œuvre d'une maison que d'en faire seulement les enduits ou le terrassement. La maîtrise d'un métier permet également une évolution professionnelle sur des nouvelles techniques ou des nouveaux matériaux. Un titre professionnel reconnu par l'état permet de créer légalement une entreprise. Au sein d'une entreprise un professionnel pourra toujours prendre des initiatives, ce n'est pas de travailler n'importe comment (vite et mal), n'importe quand (le dimanche, ou la nuit) ou à n'importe quel prix qui apporte de la souplesse dans les entreprises, c'est bien l'ensemble des compétences des personnels qui constitue la richesse et la capacité à être utile de l'entreprise.
L'acquisition et la validation de compétences représentent en fait la valeur réelle de l'entreprise.

C'est encore plus vrai pour les grandes entreprises où c'est avec l'articulation entre une multitude de métiers différents que l'on peut satisfaire des besoins de transport, de formations, de production agricole ou de services publics au niveau d'une collectivité, d'un pays et pourquoi pas de l'Europe.

Par Parti de Gauche 26
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Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /Mai /2009 12:56

Liminaire

 

Des débats traversent la gauche au sujet des finalités de l'école publique laïque et de ses contenus. La gauche se contente bien souvent d'une attitude défensive face à l'idéologie libérale et aux opérations de déstructuration du « service public d'éducation » par les libéraux sans nécessairement (re)penser les fondements de l'école.

Nous ne gagnerons pas sur cette question (ni sur d'autres d'ailleurs) sans un effort théorique en s'appuyant non seulement sur les penseurs passés de cette école laïque mais aussi en tournant notre réflexion vers l'avenir. Et méfions-nous de tout mythe d'un âge d'or de l'école républicaine. Il y a cinquante ans la mixité n'existait pas et y revenir serait une catastrophe.

Nous nous efforcerons dans ce texte d'insister sur des pistes incontournables. D'autres éléments seront laissés sur le bord du chemin dans le souci de se fixer sur l'essentiel.

 

 

« … même sous la constitution la plus libre, un peuple ignorant est esclave. », Condorcet,

Eloge de Franklin.

 

 

Introduction

 

Le capitalisme entré dans un nouvel âge fondé sur le savoir et sa réification exige une formation qualifiée. Simultanément il exige un formatage des esprits des citoyens en devenir que sont les élèves du primaire et du secondaire. L'école, entrée au service du capital, doit dispenser des savoirs strictement pratiques et indispensables au « bon citoyen », au « bon consommateur » et au « bon producteur » devenus dociles à souhait.

Un retour aux fondements de l'école laïque s'impose donc et il nous faut penser cette reconquête de l'école laïque pour qu'elle (re)devienne émancipatrice grâce au travail de la culture sur chaque élève. Cette finalité première s'inscrit dans notre projet de libération de l'humanité toute entière par un dépassement du capitalisme.

Il ne faudrait pas non plus négliger la formation (et non formatage) du producteur dans toutes ses dimensions (strictement professionnelles, syndicales...).

Une réflexion pédagogique serait aussi nécessaire pour parvenir à ces finalités.

 

 

Etat des lieux

 

Nous ne nous attarderons pas sur les nombreux constats (d'échec ?) de l'école actuelle qui, s'ils peuvent délivrer les mêmes observations n'arrivent pas aux mêmes conclusions. Que l'on songe à cette mascarade de la « grande consultation », après le mouvement social dans l'Education Nationale de 2003, qui a abouti au rapport Thélot loué par la droite et une partie de la gauche. Rapport dont s'est inspiré le Ministre d'alors un certain François Fillon pour mener sa « réforme ».

Ce n'est pas parce qu'une bonne partie des élèves rencontre des difficultés en français (et en mathématique) qu'il faudrait réduire le rôle de l'école à apprendre à lire écrire compter. Il ne faut pas non plus, comme le fait une bonne partie de la gauche, nier cette réalité et ne pas interroger des méthodes pédagogiques à repenser. Sinon on prendrait le risque de maintenir une large part des élèves issus des classes populaires éloignée de la culture générale et de la pensée critique.

N'est-ce pas ce qui s'est d'ailleurs opéré ces dernières années sous la contrainte du chômage de masse et d'un poids grandissant de l'utilitarisme économique ? On vient à l'école pour y apprendre un métier et surtout pas pour s'y émanciper (à l'exception d'une petite frange des élèves peut-être ?) ! La peur (la terreur même) du spectre du chômage génère et entretient cette exacerbation de la fonction formatrice (professionnelle) de l'école publique au détriment de sa fonction libératrice.

Comme si l'école créait des emplois, comme si le chômage était le fait d'une inadéquation entre l'école et les besoins de la production. Et c'est pourtant tout ce discours là que l'institution (au sens de ce qui institue le citoyen) a fini par elle-même absorber et (re)produire, du Ministre jusqu'à l'enseignant en passant par les corps d'inspection et les corps de direction des établissements.

 

Dans le même temps que cette fonction formatrice l'emportait, l'idéologie libérale envahissait l'école laïque que ce soit au coeur des programmes et/ou par le rapprochement école/entreprise ou par le biais des fameuses mallettes pédagogiques.

Le développement du capitalisme exigeant un recul de la démocratie sans que cela ne se voit trop, le concept de gouvernance allait se substituer au principe du gouvernement par le peuple pour le peuple. La citoyenneté était ainsi vidée de son contenu éminemment politique au profit d'une citoyenneté « light » celle du bon citoyen qui trie ses déchets, qui respecte l'autre (et surtout son employeur), peut dire tout et son contraire, achète bien et beaucoup, peut voter mais sans que son vote n'influe sur des choix politiques pris sous l'influence de lobbies de toutes sortes au niveau de la commission européenne. Ce concept de citoyenneté à la sauce a-démocratique allait être diffusé dans l'institution scolaire.

En parallèle l'idéologie multiculturaliste (opposée à la laïcité) accompagnée de la bonne conscience du « développement durable » venait s'associer à l'idéologie libérale totalitaire (car plus que dominante) pour neutraliser toute velléité d'émancipation des élèves. La « gauche sociale-libérale » (voire une frange de l'extrême-gauche sur certains points) se retrouvant sans aucun soucis avec la droite mis à part quelques oppositions de façade.

Ainsi, si il faut dénoncer et combattre la privatisation économique de l'école publique, il est aussi urgent de s'opposer à l'entreprise idéologique d'instrumentalisation de l'école par les libéraux afin de fabriquer un homme nouveau taillé pour se fondre dans le capitalisme du 21ème siècle. Au final une réorientation laïque de l'école s'impose.

 

 

Un savoir réifié

 

Par nature le capitalisme tend vers une abstraction de plus en plus grande. L'exploitation de la force de travail du travailleur s'efface derrière une abstraction du travail. Tandis que le temps pendant lequel le serf travaillait pour lui se distinguait clairement et nettement du temps où il travaillait pour le seigneur féodal. De même le capital tend à s'émanciper des conditions matérielles de la production et de sa production sans jamais s'en affranchir totalement sauf à entrer dans un monde de purs esprits. La caractéristique essentielle du capitalisme est donc cette capacité à tout réifier par une marchandisation généralisée de toutes les activités humaines. Quelle aubaine donc pour le capitalisme d'avoir rencontré l'octet, ce nouvel « équivalent général » !

Que ce soit dans les processus de production d'objets matériels (pensons à la CAO) ou dans les objets immatériels eux-mêmes, l'immatériel se développe et l'emporte. La technologie numérique offre les conditions de ce « mécanisme ». Un fichier numérique, succession de 1 et de 0, peut correspondre à une image, un texte, l'oeuvre de Léonard de Vinci, la comptabilité d'un grand groupe ou d'une PME, la flûte enchantée, un ordre de bourse... Le savoir lui-même (source d'émancipation dans le projet républicain) devient alors chose, successions de 1 et de 0. Chose pour le capital bien sûr qui s'en nourrit. Et ce savoir devient central dans le nouvel âge du capitalisme. Plus précisément le savoir scientifique (y compris des sciences humaines). Non pas que ce dernier ait joué un rôle complètement marginal depuis les origines du capitalisme.

 

Bien que cette question de l'immatériel et du capitalisme de l'immatériel comporte de multiples dimensions et des enjeux fondamentaux, nous ne nous y étendrons pas davantage ici. Il apparaissait opportun en revanche de relever cette réification du savoir, et donc la nécessité de le réorienter vers un projet d'émancipation humaine. Non qu'il faille dans le même temps refuser son utilisation dans la production de biens (immatériels ou non), à la condition là aussi de réorienter cette production dans l'intérêt de tous, pour satisfaire les besoins sociaux et en tenant compte des contraintes environnementales.

 

 

Des fondements de l'école laïque et républicaine

 

L'école républicaine publique comme école de la res publica est commune à tous et ne saurait céder à aucun intérêt privé au risque de n'être plus qu'une juxtaposition d'écoles communes à quelques uns. L'exigence laïque demande à cette école de ne pas céder facilement aux injonctions extérieures de toutes sortes sauf à renoncer au projet d'émancipation laïque. Si les soubresauts du monde devaient s'imposer à cette école alors le lent travail de distanciation de la culture générale n'opérerait plus sur les élèves. Certes, si il n'est pas souhaitable de bunkériser l'école (si tant est que cela soit possible) et si les élèves n'abandonnent jamais complètement ce que la société a fait d'eux, est-il possible de les amener à un regard critique sur le monde si on laisse ce monde envahir cet espace particulier et protégé que doit être l'école ?

Le bilan de l'école actuelle (encore une fois nulle volonté ici de s'accrocher à une école d'un âge d'or républicain mythique) dressé précédemment nous inciterait à répondre négativement. Et au nom du respect de l'enfant (ou du jeune pour les « jeunistes ») le renoncement à former des citoyens libres a triomphé.

 

Le caractère nécessairement laïque de l'école publique se traduit concomitamment par une séparation de l'espace scolaire du reste de la société mais aussi du reste de l'espace public et par une mise à distance de l'élève de lui-même et de ses pré-jugés. Pré-jugés qui viennent avant le jugement (critique), ensemble des idées prémâchées que la société a déposé dans la tête de l'élève. L'essence même de l'école laïque repose ainsi sur la capacité de recul critique à l'égard de l'idéologie dominante par l'exercice de la raison. L'enseignement laïque refuse ainsi tout dogme quel que soit sa nature (religieux, économique, philosophique...). Il ne peut reposer sur la simple transmission de savoirs « éternels » ou académiques fussent-ils validés scientifiquement. Le processus de transmission de ces savoirs doit conduire l'élève à s'interroger sur ces savoirs. Nous préférerons d'ailleurs le terme de culture (sans s !) à transmettre, terme qui renferme une idée d'entretien et de travail de l'objet culturel. Le développement de l'esprit critique qu'exige l'émancipation laïque repose donc sur la base d'une culture générale et technique la plus large possible, et sur l'encouragement de la curiosité de l'élève.

Au final, l'école laïque doit faciliter et encourager la liberté de conscience et de penser, et « inculquer » le principe de libre disposition de son corps. Dans le même moment de cette émancipation individuelle et par la mise à distance par cette émancipation s'opère un accès de l'élève à la citoyenneté. Non pas la citoyenneté attachée au concept de gouvernance (et donc vidée de son contenu politique) mais celle du citoyen autonome libéré de diverses sujétions et à égalité (en droit) avec les autres citoyens.

 

L'école publique laïque joue donc un rôle d'intégration à la communauté civique en apprenant à « vivre ensemble » autour de l'exercice de la raison critique et non autour de l'exacerbation des différences. La construction du commun républicain s'appuie bien sur ce qui est commun à tous et non sur la juxtaposition de ce qui différencie chacun. Ce qui ne signifie nullement que l'école publique nie ce qui distingue chacun des élèves mais qu'elle n'a pas à le mettre en avant.

Cette émancipation principalement intellectuelle ne se suffit pas à elle-même, elle s'inscrit dans le projet plus global de transformation républicaine de la société, et de dépassement du capitalisme. Bâtir cette école sans se soucier des inégalités sociales ou sans s'occuper de l'élargissement de la république aux lieux de travail ne serait qu'un leurre qu'une certaine gauche cultive. L'école publique et laïque n'a pas vocation ni à résoudre la question du chômage ni celle du partage des richesses (cette « gauche » s'en soucie-t-elle encore d'ailleurs ?) ni plus généralement la question sociale (au sens de la République Sociale). Redonnons donc à l'école laïque son sens premier, celui de l'émancipation intellectuelle.

 

Nous n'aborderons pas ici plus précisément des questions de contenu qu'il faudrait traiter ultérieurement car si des éléments de culture (générale et technique) sont intemporels (mythe de Prométhée, Antigone, Le Contre Un,...) d'autres s'imposent selon les exigences de la période.

 

 

Des finalités « secondaires »

 

Si l'école laïque se doit de « fabriquer » des citoyens critiques, elle doit aussi « fabriquer » des producteurs critiques, capables de prendre de la distance d'avec leur métier, capables de connaître leurs droits, capables de prendre des responsabilités représentatives.

Là encore l'école laïque doit apporter une culture professionnelle la plus large possible aux élèves, en particulier à ceux qui s'orientent dès le lycée dans une voie professionnelle. L'élève doit être conduit à se poser des questions sur son futur métier, son évolution, sa place dans la production, son impact social éventuel et/ou son incidence sur l'environnement. Le futur producteur devra maîtriser son métier et non être maîtrisé par lui.

L'école laïque doit transmettre à tout futur producteur (« manuel » ou « intellectuel », pour aller vite) une culture syndicale étendue notamment à travers l'histoire du syndicalisme pour éviter toute dérive strictement pragmatique. Il faut éviter à l'école, en répondant à des besoins sociaux par la formation de producteurs, de tomber dans le piège utilitariste que nous dénoncions dans notre bilan.

 

 

La réalité d'enseigner

 

Nous n'explorerons pas cette question incontournable, point de passage obligé pour parvenir le plus possible aux finalités fixées précédemment.

Retenons que si l'exercice de la pédagogie nécessite des adaptations en fonction des élèves, l'émancipation laïque demeure toujours notre horizon plus ou moins lointain. La pédagogie doit rester un moyen et non devenir un but comme trop souvent aujourd'hui.

 

 

Conclusion

 

D'abord repenser l'école publique et laïque du 21ème siècle sans tomber dans les travers d'une course à la modernité à tout prix et d'une adaptation/flexibilité chère au mouvementisme ambiant (en particulier celui du Président de la République).

Ensuite ne pas se placer sur un terrain strictement syndical, nous sommes dans l'obligation de proposer des pistes de réflexion pour ensuite parvenir à des choix programmatiques.

Pour finir, la gauche républicaine et sociale doit déconstruire le discours libéral sur l'école pour en imposer un alternatif centré sur l'émancipation humaine.

Par Parti de Gauche 26
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Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /Mai /2009 12:55

Sources :

Article d'Annie Mandois élue PC de Levallois Perret

Communiqué UFAL Seine et Marne

Collectif Parents / Enseignants des écoles Jules Ferry

 

Lois en vigueur :

Article L113-1 Modifié par Loi n°2005-380 du 23 avril 2005 - art. 4 JORF 24 avril 2005

Les classes enfantines ou les écoles maternelles sont ouvertes, en milieu rural comme en milieu urbain, aux enfants qui n'ont pas atteint l'âge de la scolarité obligatoire.

Tout enfant doit pouvoir être accueilli, à l'âge de trois ans, dans une école maternelle ou une classe enfantine le plus près possible de son domicile, si sa famille en fait la demande.

L'accueil des enfants de deux ans est étendu en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales ou de montagne et dans les régions d'outre-mer.

 

Et aussi : Loi n°89-486 du 10 juillet 1989 d'orientation sur l'éducation

Section 1 : Organisation et fonctionnement des écoles maternelles et élémentaires publiques.

Article D321-1

L'école favorise l'ouverture de l'élève sur le monde et assure, conjointement avec la famille, l'éducation globale de l'enfant. Elle a pour objectif la réussite individuelle de chaque élève en offrant les mêmes chances à chacun d'entre eux. Elle assure la continuité des apprentissages.

L'objectif général de l'école maternelle est de développer toutes les possibilités de l'enfant, afin de lui permettre de former sa personnalité et de lui donner les meilleures chances de réussir à l'école élémentaire et dans la vie en le préparant aux apprentissages ultérieurs. L'école maternelle permet aux jeunes enfants de développer la pratique du langage et d'épanouir leur personnalité naissante par l'éveil esthétique, la conscience de leur corps, l'acquisition d'habiletés et l'apprentissage de la vie en commun. Elle participe aussi au dépistage des difficultés sensorielles, motrices ou intellectuelles et favorise leur traitement précoce.

 

§   §  §   §  §  §  §

 

Après le mouvement de 68 et les avancées des sciences humaines dans la connaissance du développement de l'enfant, le rôle de l'école maternelle est reconnu dans le système éducatif. Toutes les études montrent que les effets positifs de la scolarisation précoce sont incontestables sur la scolarité antérieure, même s’ils s’amoindrissent dans le temps (6ème) et les plus grands bénéficiaires sont les enfants des milieux les plus défavorisés et ceux des milieux les plus favorisés.

Mais dès 69 Guichard remet en cause le terme "école pour les maternelles" : "Quand nous pensons à la maternelle, nous pensons à l’enfant de 4ou 5 ans. Mais ce seront bientôt ceux de 2 et 3 ans qui les peupleront si du moins nous voulons répondre à une demande de plus en plus précise et pressante. Cette demande peut nous amener en 5 ou 6 ans à 1.300 .000 enfants de plus dans les écoles, pour lesquels il faudra 30000 maîtresses...... Le 5éme plan a émis l’idée de former pour les maternelles des « aides éducatrices. Est-il tout à fait absurde d’imaginer une structure de l’école maternelle qui permette à ces aides éducatrices, sous la direction des institutrices de prendre en charge les tout-petits".

 

D'importantes mobilisations vont néanmoins permettre un développement de l'école maternelle sur tout le territoire.

Cependant la résistance conservatrice et économique a gain de cause. Les familles ne peuvent pas faire valoir partout ni le droit de l'enfant à être accueilli dès l'âge de 3 ans, ni le droit d'accueil prioritaire car ni les rectorats, ni les inspections académiques ne disposent d'informations sur les demandes d'inscription des familles !!!

 

En 2003, Darcos (ministre délégué) déclare vouloir freiner la scolarisation des 2 ans pour libérer des postes : accueil des 2/3 ans en 2000 35,9% en 2001 34,7%, en 2002 32%,, en 2004 29,3%, en 2007 20,9%, bravo !

 

Pour en arriver à "l’annonce faite dimanche 5 avril par la secrétaire d’Etat à la famille, Nadine Morano : l’expérimentation de « jardins d’éveil » (payants ?) dans des écoles maternelles, à la rentrée de septembre 2009" et au projet de l'Etat et de la Caisse Nationale d’Allocations Familiales d’allouer des fonds publics à des associations, entreprises et associations cultuelles....(UFAL Seine et Marne).

 

Ce cheminement s'inscrit d'une part dans la volonté de réduction de la dépense publique et d'autre part la volonté d'instaurer la concurrence entre le public et le privé.

Le projet sous-jacent est le démantèlement du service public d'éducation gratuite, laïque et obligatoire garant du principe de l'égalité des hommes en droit.

Il s'agit bien de garder à l'école publique une seule mission : former une main d'œuvre docile propre à répondre aux besoins du patronat et de la rentabilité financière

 

Tout cela est à mettre en relation avec les programmes européens : depuis 1990-92 Maastricht, renforcé depuis par la stratégie de Lisbonne, le grand marché de l’éducation (de la maternelle à l’université) s’est ouvert.

Ainsi, en 2006 une communication de la commission européenne concernant "les services sociaux d’intérêt général" relative notamment au logement social, à l’aide aux familles et personnes dans le besoin ainsi qu’à la garde d’enfants les fait tomber sous le coup des règles libérales du marché européen, donc de la concurrence, dont elles étaient exclues ! La commission insiste par ailleurs sur les partenariats "public privé" dans ces secteurs au nom de la modernisation !

Par Parti de Gauche 26
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Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /Mai /2009 12:54

Cela ne pouvait être qu'un dimanche ! Le dimanche 19 avril est ainsi paru au journal officiel le décret qui officialise la reconnaissance des grades et diplômes de l'enseignement supérieur entre Paris et le Vatican. Le 18 décembre 2008, la France et le Vatican avaient en effet signé un accord relatif à la reconnaissance des diplômes de l'enseignement supérieur catholique. Pour la partie française, outre les diplômes canoniques, quatre diplômes sont concernés : baccalauréat, licence, master et doctorat.

Désormais, en vertu de ces nouvelles dispositions, la France, République laïque, reconnaît les diplômes de l'enseignement supérieur catholique à égalité avec les diplômes décernés par l'enseignement supérieur public. Les étudiants titulaires d'un diplôme délivré par les établissements d'enseignement supérieur catholique reconnus par le Saint-Siège pourront ainsi obtenir une reconnaissance directe de leur grade à l'Université afin d'y poursuivre leurs études.

Les changements induits sont d'une grande importance. Jusqu'à présent, un principe prédominait en France : celui du monopole d'Etat en ce qui concerne la collation des grades universitaires, réservée aux seules universités publiques. Réaffirmé par la loi de 1880, il est entériné en 1905 par la loi de séparation des Eglises et de l'Etat puis confirmé à nouveau par la loi Savary en 1984.  Cet accord constitue  une première brèche dans le principe de délivrance des diplômes nationaux. Il contribue au détricotage de la République laïque et porte en germe la possibilité de remise en cause de l'indépendance des savoirs et de l'objectivité scientifique : pourquoi pas un diplôme sanctionnant les thèses « créationnistes » comme aux Etats-Unis ?

La signature de cet accord est tout sauf un hasard : elle s'inscrit dans la continuité de la politique de rapprochement menée par le Président de la République vers le Saint Siège. Le discours de Latran de Nicolas Sarkozy, outre qu'il théorisait la prétendue « supériorité intrinsèque du prêtre sur l'instituteur dans la transmission des valeurs », annonçait déjà la reconnaissance des diplômes catholiques effective depuis le week-end dernier. Le discours de Ryad comme celui prononcé à l'occasion de la venue du pape en France au cours duquel il a affirmé avec insistance son concept de « laïcité positive » énonçaient la feuille de route qu'il s'est fixé de suivre. Dans le même temps, le pape Benoît XVI prenait des positions aussi offensives que rétrogrades comme lors de son récent voyage en Afrique. Un double processus est donc parallèlement mis en place : celui d'une « reconfessionnalisation » à la fois de la sphère publique, mais aussi des relations internationales.

Plus largement, la reconnaissance des diplômes de l'enseignement supérieur catholique répond à une volonté d'harmonisation au niveau européen qui cache bien mal la perspective de marchandisation qui se trouve derrière tout cela. Elle s'inscrit dans le processus de Bologne par lequel 46 Etats européens (dont le Vatican...) se sont engagés à établir un espace européen de l'enseignement supérieur d'ici 2010 (en liaison avec la stratégie de Lisbonne qui vise à faire de l'Europe l'économie de la connaissance la plus performante de la planète, doux euphémisme pour désigner de manière vertueuse la volonté d'ouvrir au marché le secteur de l'Education afin de satisfaire les appétits privés). Le raisonnement se fonde sur une sorte de « transitivité » pour le moins contestable. Dans certains pays européens méconnaissant la laïcité, les diplômes de l'enseignement supérieur privé sont reconnus à égalité avec ceux du public. Par conséquent, si la France reconnaît tous les diplômes de l'enseignement supérieur public de ses partenaires européens, mais pas ceux du privé, il y aurait comme une « discrimination » à l'encontre de ces derniers ! Pour la faire cesser, une seule solution devrait alors s'imposer : reconnaître les diplômes de l'enseignement supérieur privé !!! Dont la majorité sont décernés par des universités catholique. Où comment religion et « concurrence libre et non faussée » font parfois bon ménage...

Rappelons en outre, au moment où Valérie Pécresse et François Fillon imposent leur décret sur les enseignants-chercheurs, que les références au processus de Bologne ont également fourni quelques uns des arguments à quatre des réformes qui ont dernièrement touché l'Université française : le LMD (Licence/Master/Doctorat ou 3/5/8), la loi LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des Universités), le décret sur le statut des enseignants-chercheurs et le recrutement et la formation des enseignants ou « masterisation ».

Au-delà du principe intangible de laïcité que le Parti de Gauche souhaite réaffirmer, c'est la démarche globale de réinvestissement de l'espace public par les sphères religieuses mais aussi marchandes qu'il nous faut dénoncer. Ces actions relèvent d'une volonté politique évidente contre laquelle nous nous inscrivons en faux. Le processus de Bologne n'a ainsi aucune valeur juridique contraignante : la France pourrait se dispenser d'accepter les dispositions actuelles qui touchent l'enseignement supérieur. C'est ce que ferait le Parti de Gauche s'il arrivait au pouvoir en remettant immédiatement en cause ces contre-réformes induites par des logiques à la fois religieuses et mercantiles.

Par Parti de Gauche 26
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